mardi 14 juillet 2015

Ce Que Sont Devenues Nos Histoires du Soir



Au début, nous inventions des histoires dont le Petit Magicien (parfois Petit Chevalier) était le héros. Soir après soir. Vous allez rire, mais c’était une terrible pression. Souvent je paniquais à l’approche du soir en réalisant que je n’avais pas d’idée.
Ce sont pourtant de bons souvenirs : Le Loup dans la Lune, la série des Cacas Magiques

Et puis, le Noël qui suivait ses trois ans, un mois après la naissance de Beau-Dodu, notre maison du Jura a été frappée par la tempête, comme une bonne partie de la France. Plus d’électricité, cela signifiait fort peu d’éclairage et de chauffage. Ce soir-là, nous avons donc pris le parti de raconter l’histoire non pas près de son lit, mais dans le seul endroit chaud et lumineux de la maison : près de la cheminée.
C’est, bien sûr, le meilleur endroit au monde pour raconter des histoires.
Mais cela signifiait que j’avais pour public toute la famille : le Papa du Magicien et les deux Grands-Mères. J’ai donc choisi de raconter le début de Bilbo le Hobbit. Je n’avais pas le livre avec moi, mais je le connais quasiment par cœur.
J’ai continué le soir suivant.
Et ainsi de suite.
Et, même avec de l’électricité, sans tempête et sans feu de cheminée, il en est toujours ainsi.

Depuis, outre Bilbo, j’ai raconté les trois premiers tomes de Harry Potter (deux fois), trois tomes de Narnia, les deux premiers des Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander, les trois premiers Tiphaine Patraque, ainsi que, toujours de Terry Pratchett, Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants (et aussi Le Père Porcher, parce qu’il a beaucoup insisté.) J’ai raconté les trois premiers tomes du Magicien d’Oz de L. Frank Baum, Le château de Hurle de Diana Wynne Jones et je raconte en ce moment sa suite, Castle in the Air. 

Je recommande hautement tous ces livres (même si l’intertexte biblique de Narnia est un peu lourd pour nous autres lecteurs adultes, il ne diminue absolument pas le plaisir du Petit Magicien.)

Je me suis régalée. Le Petit Magicien et son Papa aussi, ainsi que nos auditeurs occasionnels qui, se trouvant avec nous le soir, ont hérité de cette coutume familiale.
« Est-ce qu’il.s/elle.s va/vont écouter l’histoire ? » est devenue une question récurrente du Petit Magicien.
Je me régale parce que j’aime les histoires, parce que j’aime raconter, et parce que c’est devenu un vrai moment de partage familial.
Nous parlons de ces histoires, d’autant plus que le découpage en chapitres permet du suspense, des questions non résolues, permet aussi de vivre plus longtemps avec les personnages. Les Nac Mac Feegle ont complètement intégré l’imaginaire du Petit Magicien, par exemple. Sirius Black et Gwydion sont passés au rang de ses protecteurs.

Je pourrais lire les chapitres, bien sûr, au lieu de les raconter. Cela m’oblige à relire pendant la journée le chapitre à venir, afin qu’il soit frais dans ma mémoire le soir.
Mais : le conte, l’oralité participent de la magie. Et me donnent plus de liberté : je coupe ou développe selon l’état de fatigue du Petit Magicien, j’ajoute parfois une plaisanterie, j’intègre ses questions dans le récit (« Comment est-ce qu’ils m’entendent, dans l’histoire ? » demande-t-il alors.)
Cela me permet aussi d’utiliser des histoires dont la traduction française n’est peu ou pas disponible !

A suivre. J’ai toujours aimé les romans-feuilletons.

samedi 27 juin 2015

Les Petits Magiciens au Théâtre, Saison Trois

En 2014-2015, notre spectacle préféré fut Antoinette la poule savante de la Compagnie In-Sense à ChâteauRouge. Un beau et poétique spectacle musical, écrit et mis en musique par Isabelle Aboulker.avec des chansons aussi appréciées des adultes que des enfants, ce qui est sacrément rare ! Nous avons acheté le CD à la sortie et continuons de beaucoup l'écouter dans la voiture, et même de le chanter en choeur, en français ou en anglais — avec la prononciation TRÈS approximative du Petit Magicien.
Vous pouvez en juger sur YouTube et aller le voir si le spectacle passe près de chez vous. Ou acheter le CD, par exemple ici.
Barbe-Neige et les sept petits cochons…
Pour 2015-2016, voici les spectacles qui me tentent. Le Petit Magicien aura cinq ans, Beau-Dodu en aura deux fin novembre. (Oui, il faut vraiment que je lui trouve un autre surnom. Moins traumatisant pour sa vie d'adulte. J'accepte vos suggestions.)

A Châteaurouge (Annemasse), nous irons sans doute voir Chauve-Souris. Pas seulement parce que nous avons admiré hier une vraie chauve-souris sur le mur des voisins. Ni parce que nous aimons Batman.
Un chauve-souriceau vivant la nuit, rencontre une autre chauve-souris qui, elle, vit le jour. Cette différence les rapproche. Un évènement va les obliger à un départ précipité.
Ensemble, ils vont affronter bien des dangers et partager des aventures qui vont les pousser, au-delà de leurs différences, à vivre ensemble. Le spectacle s’inspire du mode de vie des chauves-souris et dévoile un univers fantastique. Basé sur une écriture de cirque chorégraphique, le dialogue des corps se déploie, la scénographie-agrès leur permet de s’exprimer dans les airs avec aisance tout comme cet animal insaisissable. Sur scène un acrobate suspendu évolue dans les airs et révèle l’étrange beauté de cet animal méconnu.
Un spectacle qui va vous mettre la tête à l’envers !
C'est le mercredi 18 novembre à 14h30, conseillé dès 4 ans.

Nous irons sans doute aussi à Super Elle. Pas seulement parce que je suis féministe et que j'aime les super-héros… si, d'accord, essentiellement pour ces raisons-là. N'empêche:
Chaque minute de la vie des enfants est une aventure à elle seule. Lisa n’échappe pas à la règle.
Développant la technique du livre animé, Fatna Djarha explore l’univers de l’enfance à travers la figure du super-héros, à l’âge où le détournement par l’imaginaire permet de mieux affronter les réalités effrayantes ou douloureuses.
A la première page, Lisa reçoit un cadeau d’anniversaire. A la dernière page, on apprend qu’elle commence l’école. Entre ces pages, le temps de la fantaisie et du possible se déroule.
Lisa sera la reine du monde un certain temps, un temps court, qui se terminera, afin de pouvoir passer à l’étape suivante, au rythme des pages tournées.
Comme c'est en décembre et conseillé dès deux ans, je pourrai y aller avec les deux Petits Magiciens!


Il y aura aussi, bien sûr, Barbe-Neige et les sept petits-cochons au bois dormant, dont le titre suffit à vous faire comprendre de quelle réjouissante relecture des contes de fées il s'agit.
Prenez les contes pour enfants, secouez, mélangez et hachez menu ce qu’ils véhiculent d’attendus, de clichés, de conformisme, de bienséance. Le mélange est savoureux. De Cendrillon à Blanche- Neige, de Barbe-Bleue au Chaperon Rouge, en passant par toutes ces romances qui finissent bien et tracent au passage des conduites de vie immuables, la chorégraphe n’omet aucun des personnages devenus familiers que se transmettent les époques.
Sur le plateau, les danseurs revisitent les fables en brassant les styles : hip-hop, classique, acrobatie et pure invention sont au service d’une danse débridée. Cendrillon ne retrouve pas sa pantoufle, Blanche-Neige a la peau noire, le Chaperon Rouge aime le Grand Méchant Loup…
Sur des airs de Paganini, huit danseurs hip-hop de haut vol cavalent dans la forêt des contes pour une relecture hors des sentiers battus entre danse, mime et théâtre, pour le meilleur et pour le pire.
Un vent salvateur souffle sur la scène livrée à la fantaisie d’une satire hilarante.
… mais nous irons le voir au Grand Théâtre. Parce que nous sommes bobos et que nous aimons payer plus cher non, tout simplement parce que les programmes du Grand Théâtre sortent BEAUCOUP PLUS TÔT que ceux de Châteaurouge et que nous avons déjà réservé nos billets. Comme quoi, ça ne paye pas toujours d'être un early bird

Au Forum Meyrin, nous irons sans aucun doute voir les Contes chinois le mercredi 2 décembre. Nous connaissons déjà le conte du Prince Tigre (vu justement à Meyrin, en ombres chinoises) mais nous serons ravis de le revoir sous une autre forme et de découvrir Le Cheval magique. Dès 5 ans.
C’est un pur moment de grâce. Un théâtre d’illusions et d’ombres chinoises qui se joue autant de la fiction que de la réalité. Sur la base de deux contes de Chen Jiang Hong, le metteur en scène François Orsoni exerce avec brio et vidéo ce qu’il appelle son « art de faire ». Le Prince Tigre s’inspire directement des illustrations du livre de Chen. Chacun des tableaux est projeté sur un écran et la scène devient une sorte de livre ouvert avec des pop-up géants jaillissant du sol. Les images qui défilent racontent l’histoire de Wen, jeune garçon sacrifié pour apaiser la colère d’une tigresse.
Avec Le Cheval magique de Han Gan, on suit le parcours d’un enfant qui dessine des chevaux enchaînés, comme si sa vie en dépendait. Pour cette seconde partie, Chen Jiang Hong entre lui-même en scène et agit directement sur la narration en dessinant l’action à l’encre de Chine. Son trait devient le moteur du récit et les images sont fabriquées en direct. Certains dessins sont précis, d’autres sont de simples esquisses. La magie opère. On navigue allègrement entre illustration figée et dessin animé, passant du théâtre d’ombres à la lumière. Quant au dessinateur, à la narratrice et au musicien, ils agissent comme des passeurs d’émotions, gardiens du temps qui passe et de ce récit qui s’épanouit soudain en trois dimensions.
Peut-être me laisserai-je aussi tenter par Voyage avec les oiseaux.
Johnny Rasse et Jean Boucault sont «chanteurs d’oiseaux», deux drôles de zoziaux qui font du cri du merle ou du gazouillis de la fauvette un genre musical à part entière. Reconnus internationalement comme de grands imitateurs de chants d’oiseaux sans appeaux, ils maîtrisent un répertoire de milliers de sonorités des cinq continents: bulbul des jardins, vanneau téro, aigle pêcheur, engoulevent du Mozambique, courlis, rossignol philomèle ou encore chevalier gambette… Sur des chefs-d’oeuvre musicaux dans lesquels se nichent des chants et sifflements des quatre coins du monde, nous sommes donc invités à un voyage entre musique et nature, une sorte d’ode à la diversité qui transformera la scène de Meyrin en une singulière forêt. Le genre de promenade où l’on ne sait jamais quelle surprise nous attend, au détour d’un taillis ou au coin du bois.
Beau-Dodu est obsédé par les oiseaux, mais sera trop petit : ce spectacle est proposé dès trois ans.

A l'Esplanade du Lac (Divonne), les réservations sont déjà ouvertes !
Nous irons voir Chaussette, le mercredi 21 octobre, avec les deux loupiots, puisque c'est un spectacle de 0 à 6 ans.
Une chaussette a disparu! Non!
Cette fois sa sœur jumelle ne rejoindra pas la boite des chaussettes seules... De la cave au grenier, de la cuisine à la chambre à coucher, les balais et autres brosses vont s’animer et tout faire pour la retrouver!
« Chaussette » est une épopée sonore, une danse d’objet, une ronde colorée dans une maison devenue le théâtre d’un quotidien qui bascule. Et qui sait, elle est peut-être dans votre soulier...
Comme chaque année, le programme d'Amstramgram (Genève), me fait saliver en vain, puisque ces spectacles passionnants s'adressent à des enfants un peu plus grands.
Münchausen, Cyrano caché dans un buisson de lavande, une symphonie pour les extraterrestres, Noël annulé cette année (non !?), Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin… bref, courez-y, si vous pouvez.

Je ne suis jamais encore allée au théâtre de marionnettes de Genève, mais leur programmation de cette année me tente bien :
J'irai peut-être au Ciel des Ours, en novembre, dès 4 ans, où des ours permettent d'évoquer "des thèmes forts : naître, grandir, découvrir et se confronter à l’au-delà." et/ou au Roi Tout Nu, une fable bien sûr inspirée par Les Habits neufs de l’Empereur, d'Andersen (en décembre, dès 4 ans).
Ils proposent des spectacles pour tous les âges (même 16 ans).

samedi 25 avril 2015

Fêter Pâques, en attendant

L'Arbre à Œufs

Pâques est une fête qui me pose problème.
Pas un grave problème, mais je peine à lui trouver un sens et une cohérence dans mon Imaginaire. Quelle discordance entre la solennité de cette immense fête chrétienne, celle qui fonde et justifie tout le Nouveau Testament, et la joyeuse futilité du Lapin et des Œufs en chocolat !
Je n’ai pas le même problème avec Noël : l’Avent, la Nativité, les chandelles allumées, la lumière contre les ténèbres, la fête du Don et des Visitation… il y a une vraie atmosphère à tout cela, et je parviens à parler à la fois des Anges et des Lutins, du Père Porcher… pardon, du père Noël et des Rois Mages.

Les favor boxes lapins de Cécile @PapierBonbon
Contentons-nous de dire, pour l’instant, que cette fête de la Résurrection est celle de la Reverdie, et célébrons le printemps, comme à la Saint-Patrick.

Cette année, nous avons profité des adorables boîtes lapins de Cécile sur Papier Bonbon, idéales pour la Chasse aux Œufs, le temps fort de toute fête de Pâques avec de jeunes enfants.

Nous avons, bien sûr, fait des chocolats — maintenant que j’ai découvert la facilité de l’entreprise, je ne m’arrête plus ! J’ai bien entendu oublié de les prendre en photo — dommage, car le tempérage a bien fonctionné : ils sont restés brillants pendant des jours et des jours (jusqu’à ce que nous les ayons tous dévorés, en fait.)
 A défaut, voici les deux moules que j’ai utilisés :

Je les ai achetés chez Alice Délice mais on les trouve aussi chez Creavea.

Nous avons aussi peint des œufs en famille. Pas de vrais œufs, cela me paraissait dangereux avec un
Petit Magicien de quatre ans. Des œufs en plastique Artemio, légers, incassables, avec ficelle intégrée pour les suspendre.
Nous avons utilisé des crèmes de couleur Pébéo comme bases et des marqueurs Graph'it Shake Créatif pour les décorer. Le résultat n’est pas très artistique (je rappelle que le Petit Magicien a quatre ans et demi) mais nous nous sommes bien amusés. Je suis particulièrement contente des Graph'it Shake : très faciles à utiliser pour un rendu beau et brillant.
Ceux-là sont les oeufs peints en famille (vous auriez deviné…)

Enfin (surtout ?) nous avons réalisé un Arbre à Œufs, pendant de l’Arbre de Noël. Le Papa des Magiciens nous a coupé deux belles branches et le Petit Magicien et moi y avons suspendu des œufs. De vrais œufs, cette fois, peints par une grand-tante.
Ne restait qu’à le placer hors de portée des petites mains de Beau-Dodu.
Nous en avons été enchantés et je crois bien que c’est le début d’une tradition familiale. Nous pourrons y ajouter nos propres œufs. Quand ils seront plus… moins… bref, dans quelques années.


samedi 21 mars 2015

Pourquoi Je Fête la Saint Patrick


(et Comment)

« Vous êtes irlandaise ? » m’a-t-on demandé une dizaine de fois.
Il faut dire que j’en ai l’apparence, avec mon teint pâle, mes yeux bleus, ma tignasse bouclée tirant sur le roux.
Mais non. Pas Irlandaise. Ni de naissance, ni de généalogie, pas une goutte de sang irlandais dans mes veines, à ma connaissance.
De cœur, alors ? Pas vraiment, ma terre de prédilection serait plutôt l’Ecosse. Ce n’est pas loin, direz-vous, mais ce n'est pas le pays de la Saint-Patrick.

« Une Saint-Patrick avec des enfants ? » fut la deuxième question, accompagnée d’yeux écarquillés et d’une bouche prête à se scandaliser. La Saint Patrick, c’est avant tout une fête de la bière, semble-t-il. Et les enfants n’en boivent pas, rassurez-vous. Ni moi.

Alors je fête la Saint-Patrick parce que :
  • J’aime les fêtes. Nombreuses. Qui rythment l’année. Des jalons dans la perception du temps si confuse des tout-petits.
  • C’est aussi l’occasion d’une fête du Printemps, puisque cela tombe tout près de l’équinoxe, avec comme symbole le vert (la reverdie) et l’arc-en-ciel (après la pluie).
  • C’est une fête magique, avec Leprechauns, chaudrons, pièces d’or éphémères, et ce sont de merveilleux ingrédients de cette magie d’enfance qui me tient tant à cœur.
Les chapeaux de PapierBonbon
Cette année, en plus des ballons gonflés à l’hélium (toujours chez La Drôlerie, à Ornex), j’ai eu la chance de harceler persuader Cécile de PapierBonbon de lancer des printables Saint Patrick sur sa boutique Etsy. 

J’ai donc profité d’une belle bannière et d’adorables mini-chapeaux de Leprechauns.
(Et je suis preneuse d’une jolie invitation l’an prochain, je n’en ai pas trouvé en ligne qui soient vraiment à mon goût.)


J’ai réalisé un gâteau un peu plus élaboré que les autres fois : mon premier Rainbow Cake.
Je me suis inspirée de cette recette mais l’ai adaptée à mes contraintes sans gluten et sans lactose. Pour les six couches de gâteau, j’ai utilisé la recette du gâteau marbré (la partie non chocolatée du gâteau marbré, à l’évidence.) J’ai remplacé la crème blanche par une crème au chocolat (par amour du chocolat et pour éviter le problème du fromage frais). Les recettes du gâteau marbré et de la crème "comme une marquise" viennent de mon habituel livre préféré de recettes sans lait et sans gluten.
Les couleurs étaient moins vives que sur les beaux modèles mais le gâteau était très bon.
Je l’ai recouvert de pâte d’amandes verte (chez , qui a ouvert une boutique près de chez nous, à Val Thoiry) et agrémenté de petits chapeaux de Leprechauns et chaudrons réalisés en pâte d’amande, avec paillettes d’or comestibles et feutre alimentaire doré.

L’activité a été minimale (parce que j’avais peu de temps, et que les enfants n’avaient que quatre ou cinq ans.)
J'ai dissimulé les têtes de mort de ce chaudron d'Halloween derrière des trèfles
D’abord nous avons « effacé l’hiver », c’est à dire décollé les stickers flocons qui décoraient toujours nos vitres (c’est bien la première fois que ma lenteur à ôter la décoration de Noël a une utilité !). 
A la place, nous avons peint un arc-en-ciel sur la vitre puis collé des stickers Saint Patrick.
Après quoi, nous avons ouvert la porte-fenêtre décorée et nous sommes lancés dans une mini-chasse au trésor. Nous avons d’abord déposé dans des récipients d’eau tiède les glaçons colorés préparés deux jours plus tôt avec le Petit Magicien (et les mêmes colorants en gel utilisés pour le gâteau.)

Puis nous avons suivi la piste des œufs aux couleurs d’arc-en-ciel (je n’ai même pas eu à les peindre moi-même puisque la Saint Patrick n’est pas loin de Pâques : achetés à la Migros) jusqu’au chaudron rempli de pièces d’or (en chocolat, aussi chez Migros), de bonbons arc-en-ciel et de grosses meringues-nuages.

Bannière achetée chez PapierBonbon (et collée à l'aide de Patafix)
Bien sûr, j'ai laissé la bannière sur la porte, l'arc-en-ciel sur la vitre. Jusqu'à ce que le solstice d'été les emporte ? 

lundi 3 novembre 2014

Hallowe’en, Cuvée 2014


 Hallowe’en est ma fête préférée… bon, d’accord, disons que c’est ma deuxième fête préférée, après Noël. Ne venez pas me dire que c’est une sale importation commerciale américaine. Je rêvais de Samain, j’écrivais sur Samain, depuis mon adolescence.
Que Harry Potter, Tim Burton, et tous les autres soient passés par là et que je vive dans une région riche en Anglo-Saxons me permet désormais de profiter pleinement de cette fête.

Et, c’est ma joie de cette année, une grande joie — le permet aussi au Petit Magicien.
« Maman, ça va être le plus beau Halloween de notre vie ! »
Moquez-vous (ce n’est que le deuxième qu’il fête). C’est merveilleux.

Comme l’an dernier, j’ai fait appel aux services de La Drôlerie à Ornex où j’ai commandé une nouvelle grappe de ballons et acheté quelques bricoles, dont un gros paquet de toile d’araignées (agrémentées es araignées en plastique elles-mêmes, bien sûr.) Rien de trop effrayant. Il n’a pas peur des araignées. Il n’a cessé de nous dire que c’était « beau, les toiles d’araignée ! »

Comme l’an dernier, j’ai sculpté une citrouille. Je persiste et signe : avec de bons outils et une citrouille bien choisie (une vraie Jack O’Lantern, la plus sphérique possible), c’est vraiment facile.

Pour la pâtisserie, j’ai utilisé ces moules de chez Creavea, et décoré ensuite les créatures avec des stylos alimentaires et du glaçage. 
Comme le Petit Magicien adore la pâte d’amandes, j’ai aussi réalisé de petites citrouilles en pâte d’amandes (de la verte, de la blanche colorée en orange… et sur certaines, des yeux en sucre achetés chez Betty Bossi).Quelques étiquettes de Jennifer Sbranti pour Hostess with the Mostess, et le tour était joué.

Cette année, notre amie Cécile Saimond a mis en vente ses propres printables d’Halloween sur sa toute neuve boutique Etsy, Papier Bonbon. J’en ai donc profité pour imprimer et monter de jolies treat boxes. Je voulais construire aussi son pantin Jack mais j’ai manqué de temps et d’attaches parisiennes. Tant mieux ! Cela me fera une nouveauté pour l’an prochain. Vous pouvez aller voir Jack sur le blog de Cécile.

Enfin, et surtout, cette année, nous nous sommes déguisés. Tous. Même Beau-Dodu a mis son plus beau pyjama dragon de chez DPAM.  Le Petit Magicien était en vampire, ses invités en fantôme et sorcière (et moi aussi, bien sûr).
A la tombée de la nuit, j’ai donc escorté les trois monstres de quatre ans dans le voisinage, afin qu’ils puissent terroriser les voisins en échange de friandises. Et ce fut un succès. A tous points de vue. Les enfants étaient enthousiastes, et bien plus courageux que je n’aurais cru. Les voisins, coopératifs (et attendris). Nous avons récolté une telle masse de bonbons, dans le grand panier que je portais au bras, que les treat boxes débordaient. J’ai dû apporter des bonbons à mes élèves.

Les décorations s’attardent même si la magie s’étiole. Ce n’est pas grave. Tandis que les nuits s’allongent, une autre magie, bien différente, approche. Celle de l’Avent. Et je me réjouis, de nouveau.

dimanche 2 novembre 2014

Les Quatre Ans du Petit Magicien (2) : En Coulisses


Cette année, je voulais de la magie pour mon Petit Magicien.
De la vraie magie. Celle qui émerveille, qui écarquille les yeux, qui fait qu’on y croit.
Il en absorbe tous les jours, il y en a plein nos histoires, et il en réclame davantage. Les bouts de bois se transforment souvent en baguettes magiques, les balais s’envolent, les entassements de branchages sont des maisons de Trolls et une armée d’animaux magiques arrive à l’appel de sa trompette (en tout cas, c’est ce qu’il nous dit). Sans parler de Sirius Black. Bref.
Nous avons finalement mis au point, à grands renforts de blogs écumés, de shopping spécialisé et d’amis pyrotechniciens, un anniversaire sur le thème des Lutins dont je suis assez contente.
Vous pouvez lire le récit de la fête, à vue d'enfants, ici.


Pour l’invitation, ce n’était pas compliqué. Un scanner et quelques livres de Brian et Wendy Froud ont fait l’affaire. Je ne vous montre pas, c’est tout plein de copyright dedans.

La boisson « c’est du raide »
En fait, il s’agissait du sirop « saveur Tarte aux fraises » du Temps des Mets
Parce que la bouteille est petite, jolie, et que le liquide était à la fois « raide » (du sirop non dilué !) mais buvable par les enfants.

Les colliers
Là encore, rien de compliqué : du ruban vert, des perles… J’ai trouvé les petits glands de métal sur ALittleMercerie.

Les Œufs de Grenouilles-Faëes
Des perles d’eau (aka water beads pour les anglophones).Vous savez, ces étranges petites billes qui gonflent en trempant dans l’eau. J’en ai choisi de couleurs variées, étincelantes et irisées.
Inconvénient : il faut des heures de trempage pour qu’elles atteignent leur pleine taille. Dans notre cas, c’était après la fin des festivités. Mais ils étaient contents quand même.
Et la Fontaine-de-Fées pour les faire tremper ? A 6 euros chez CASA (c’est une vasque pour bougies flottantes.)
 
Les Glands d’Argent
Des glands fraichement récoltés (j’ai bien conscience que ce n’est pas possible en toutes saisons !) et peints. A la bombe. Pas très sain, mais prêt en quelques minutes.

Les Glands-Joyaux
Une fabrication simplissime que j’ai trouvé sur Kiwi Crate.
Il semble un peu partout en ligne mais je pense que Jen Berlingo de paintcutpaste.com en est la créatrice.
- Récolter des chapeaux de glands
- Colorier l’intérieur au feutre de couleur (n’importe quel feutre de vos enfants fera l’affaire)
- Remplir de colle blanche
- Laisser sécher (environ 48h)
C’est inratable, beau et original.

Fairy Berries
Les Feux-Follets
Il s’agissait des merveilleuses et vraiment magiques Fairy Berries. Je les ai achetées sur ThinkGeek ici.
Ce sont de petites billes à LED dont la lumière augmente et diminue d’intensité avec un vrai naturel de ver luisant ou de feu follet.
Leur seul inconvénient est d’être à peu près impossible à éteindre. Elles brillent toujours dans mon tiroir quand je tape ces lignes.

L’Elixir d’Arc-en-Ciel
J’ai emprunté volé l’idée au sublime anniversaire Sorcières réalisé et décrit par Céline sur Le Temps de vivre
Voici ce qu’elle explique :
« Vous prenez un petit récipient transparent avec un bouchon à vis. Il faut qu'il soit bien étanche. Vous versez un peu de sucre blanc au fond – disons sur 2-3 cm – au milieu duquel vous creusez une petite cupule. La cupule doit être bien au centre du récipient.
Vous versez aussi un peu de sucre dans une petite assiette. Ensuite, à l'aide d'une pointe de couteau, vous prélevez un tout petit peu de colorant alimentaire en que vous déposez délicatement dans l'assiette de sucre. Le sucre va s'amalgamer autour du gel de colorant et former une petite goutte de gel entourée de sucre. Avec une petite cuillère, il ne vous reste plus qu'à prélever la petite goutte et à la déposer délicatement au centre de votre récipient transparent, sur le lit de sucre, dans la cupule creusée à cet effet. Attention à ne pas toucher les bords, à bien centrer le colorant et à éviter qu'il ne roule sur la surface de sucre.
Ensuite, fastoche, on remplit le reste du récipient avec du sucre, et ainsi la bille de colorant devient totalement invisible. Laissez quand même deux ou trois centimètres vides en haut du récipient pour faciliter le secouage. On termine en fermant bien le récipient. Ensuite bien entendu, on évite d'agiter le récipient avant le jour J ! Il ne faut pas préparer les poudres trop à l'avance (la veille, c'est bon), pour ne pas que la couleur diffuse.
Au moment de révéler la couleur, il suffit de secouer énergétiquement le récipient et peu à peu le gel coloré va se diffuser dans tout le sucre et colorer tout le récipient. »
J’ai donc acheté six belles couleurs de colorants alimentaires en gel (oui, j’ai fait un arc-en-ciel à six couleurs, de toute façon ils sont trop petits pour identifier l’indigo), de jolis tubes à essai, et… mes expériences préliminaires se sont soldées par de cuisants échecs.
Le colorant ne se diffusait pas du tout au sucre.
Comme je suis paresseuse, je n’ai pas essayé de me corriger. J’ai écrit dans la Recette « Ajoutez de l’eau pour les révéler » et le tour était joué. Avec un peu d’eau en plus, la coloration se répand vite et magnifiquement, et l’effet reste magique. Leurs yeux se sont écarquillés : j’étais ravie !
Merci Céline !

Les bonbons
Je voulais des sucreries qui aient tout de même quelque chose de faërique, pas des paquets de Haribo.
Voici ce que j’ai choisi :
- des meringues (les célèbres « Cacas de Licornes » du Petit Magicien)
- des berlingots
- d’énormes boules au miel
- des baguettes de sucres d’orge
- des feuilles à la verveine
- des fleurs à la violette
La plupart de ces friandises viennent des Gourmandises de Sophie.

Les bougies
Leur flamme est assortie à la couleur da bougie. Oui, vous avez bien lu ! La bougie bleue produit une flamme bleue, et ainsi de suite.
Parfait, facile, efficace. Aussi chez ThinkGeek, mais se trouve sûrement ailleurs.

Le gâteau

BagEnd-like, et vraiment simple à réaliser. Je vous jure.

Il s’agit de deux gâteaux au chocolat (sans gluten, sans lactose, j’aime pouvoir manger les gâteaux que je fabrique…) de diamètre différent, empilés et recouverts de pâte à sucre. Deux verts différents.
Puis un dôme modelé en pâte d’amandes vertes pour rehausser la colline.
La porte et les volets sont en pâte à sucre rouge.
Les cailloux et le bouton de porte sont des pépites de nougats, enrobées de chocolat avec une peinture alimentaire métallisée. C'est tout prêt sur Déco Délices.
Les fleurs et champignons ont été achetés tout prêts, aussi sur Déco Délices.
Enfin, j’avais rempli le dôme-maison de bonbons qui ont dégringolé quand j’ai coupé le gâteau, pour la plus grande joie des enfants.
C’est assez facile, en fait. Les deux gâteaux en chocolat ont été faits le samedi matin avant 10h, la décoration pendant la sieste de l’après-midi.

Les fairy doors
Photo ©Cécile Saimond http://metalmidinette.com/2014/09/10/voyage-en-faerie/
 Ce que les adultes ont préféré, tant le Papa des Magiciens et moi pendant la réalisation que Cécile pendant l’anniversaire, comme en témoigne le post sur son blog.
L’idée vient de Roots Nursery (qui s’est inspirée de l’incroyable Nichola « Knickertwist » Battilana.) Vous n’avez pas besoin de grand chose :

- des bâtons de glace (récupérés ou achetés en paquets comme chez Creavea)
- peinture et lasure
- des boutons qui serviront de boutons de portes (j’ai utilisés ceux-ci, encore chez Creavea)
Il suffit d’assembler les bâtons de glaces pour créer différents modèles de portes (en collant et retaillant au besoin les bâtons transversaux), puis de peindre et lasurer, enfin de coller les boutons. Il faut s’y prendre suffisamment à l’avance du fait des temps de séchage entre les étapes, mais ce n’est pas du tout compliqué.
Nous avons laissé les portes dans la nature après l’anniversaire.

samedi 1 novembre 2014

Les Quatre Ans du Petit Magicien (1) : le Récit

(Oui, c'était il y a deux mois, je sais bien.)

Cette année, je voulais de la magie pour mon Petit Magicien.
De la vraie magie. Celle qui émerveille, qui écarquille les yeux, qui fait qu’on y croit.

Il en absorbe tous les jours, il y en a plein nos histoires, et il en réclame davantage. Les bouts de bois se transforment souvent en baguettes magiques, les balais s’envolent, les entassements de branchages sont des maisons de Trolls et une armée d’animaux magiques arrive à l’appel de sa trompette (en tout cas, c’est ce qu’il nous dit). Sans parler de Sirius Black. Bref.

Nous avons finalement mis au point, à grands renforts de blogs écumés, de shopping spécialisé et d’amis pyrotechniciens, un anniversaire sur le thème des Lutins dont je suis assez contente.
Fairy door. Photo ©Cécile Saimond http://metalmidinette.com/2014/09/10/voyage-en-faerie/


Le Grand Déménagement
Savez-vous que les lutins déménagent à la fin de l’été ? Ils quittent leurs maisons d’arbres pour redescendre dans les sous-sols du sidh, loin, profond, à l’abri de l’hiver. Seules quelques créatures, comme les trolls, demeurent actifs à la froide saison.
Ce grand déménagement est un excellent moment pour observer l’activité faërique. On y trouve souvent des maisons lutines trop hâtivement désertées, des possessions oubliées, et parfois même on y croise quelques lutins retardataires…
La difficulté est d’estimer la date du déménagement, qui varie selon les régions, évidemment, mais aussi selon les phases de la lune et parfois même selon la précocité de l’hiver précédent.
Dans le Jura, les lutins, prudent, déménagent souvent aux derniers jours d’août (et ils ont eu bien tort, cette année, de rater le magnifique été indien qui a suivi.)
Nous avons donc proposé au Petit Magicien, le week-end de son anniversaire, de construire un piège à lutin pour tenter d’en capturer un.

Comment construire un piège à lutin ?
Rassurez-vous, ces pièges ne blessent pas les lutins (sinon dans leur orgueil). Le principe en est simplissime.
Prenez une boîte en carton (par exemple un carton de couches, si comme nous, vous avez un Tout-Petit-Magicien sous la main). Découpez-y un trou circulaire. Attention, le diamètre de ce trou est l’élément crucial du piège : il doit être juste assez grand pour y entrer une main. Placez dans la boîte une pomme. Choisissez la grosse, ronde, rouge et parfumée. Refermez la boîte à grands renforts de scotch.
Installez cette boîte à un endroit stratégique : près d’une porte ou d’une fenêtre ouverte mais pas à un endroit de grand passage. Mieux vaut s’assurer que la boîte sera difficile à déplacer : nous l’avions solidement attachée à une chaise.
L’idéal est d’installer un mécanisme d’alarme, comme une simple ficelle allant de la boîte à une cloche.
Vous avez compris ? Le lutin, attiré par l’odeur de la pomme, glissera sa main dans la boîte pour s’en emparer. Mais le trou n’est pas assez grand pour laisser ressortir sa  main tenant la pomme. Horreur ! Le lutin, refusant de laisser échapper le fruit, ragera et secouera la boîte, déclenchant ainsi l’alarme.

La capture
Nous avons construit le piège samedi soir avec notre Petit Magicien. Au dimanche matin, quelle déception, nous n’avions toujours capturé aucune créature faërique ! Les invités ont commencé d’arriver et se sont tous fort intéressés au piège. A vrai dire, ils ont déclenché le piège tous seuls à plusieurs reprises et avec force gloussements, pour nous faire des blagues. Nous accourrions… seulement pour les trouver tordus de rire près du piège.
« Ça suffit, leur ai-je dit finalement. Comment voulez-vous qu’un lutin approche si vous restez tout près du piège ? »
Alors je les ai emmenés faire un bricolage d’anniversaire, la merveilleuse veilleuse à LED de Ma Coco Box.
Et là, alors que nous étions tous absorbés par l’encollage de papier de soie sur des (petits) pots de verre… Ding-dong-ding-dong ! Nous nous regardons. Nous nous comptons. Mais… tout le monde est là ! Et ding-dong-ding-dong ! Qui est-ce, donc, qui fait sonner la cloche du piège !
Nous nous précipitons, les petits en tête. Ils dévalent l’escalier… et remontent bien vite quelques marches, pour mettre de la distance entre eux et la créature qui se débat dans le piège. Car nous avons bien capturé un lutin, mais pas un petit ! Il est plus grand qu’eux, et même plus grand que moi, vêtu d’étranges vêtements colorés, disparates et désuets, et doté de curieuses oreilles[1].

Lutin ©Brian et Wendy Froud
La négociation
Si vous avez déjà été en contact avec une créature de Faërie, vous le savez, à n’en pas douter. Avec eux, il s’agit de négocier. Et serré. En lisant bien les petites lignes.
Que voulait le lutin ? Etre libéré du piège, pardi, mais avec la pomme ! Et nous ? Des gâteaux et des bonbons, ont clamé les petits, un brin intéressés.
Bien entendu, le Lutin a protesté pendant plusieurs minutes de sa misère et de sa pauvreté, mais il a finalement admis connaître la recette d’une certaine potion-à-sucreries-arc-en-ciel. Ou peut-être ne l’a-t-il pas admis, exactement, mais l’un des enfants a subtilisé ladite recette dans sa poche. Bien sûr, la plupart des ingrédients ne pouvaient se trouver qu’en Faërie. Il faudrait donc que le Lutin nous ouvre une Porte. Il nous a aimablement proposé une petite lampée de sa boisson faërique (« attention, a-t-il prévenu, c’est du raide ») pour nous aider à discerner l’invisible. Surtout, il faudrait des protections — ce que le bougre s’est bien gardé de nous dire, mais heureusement nous avons quelque expérience en la matière. Emmener de jeunes enfants en Faërie, c’est toujours un peu dangereux, les Belles Gens pourraient bien vouloir les subtiliser et les remplacer par quelques changelins. Or nous y tenons, à nos monstraillons.
« Bon, bon, a bougonné le Lutin. Suivez les feux follets. »
Des feux follets ? Mais il faisait grand jour.
« Allez dans le noir, alors ! »
Le Lutin pestait de plus belle de s’être laissé enferrer par de tels imbéciles.
Et en effet, à notre grande surprise, dans le dortoir enténébré, nous avons distinguer une, deux, dix petites lueurs frémissantes qui semblaient cligner de l’œil. Des feux follets ! Traçant une piste ! Seul le Petit Magicien[2] a été assez brave pour pénétrer dans la pièce et suivre le chemin des feux follets. Au bout de la piste, il a trouvé un petit sachet de tissu translucide et coloré, qu’il a triomphalement rapporté.
Et dedans ? Six colliers de soie verte et de glands métalliques, six colliers pour protéger six enfants.
Un dernier coup d’œil sur la recette (tiens, ils disent qu’il faut de l’eau ! quelqu’un a une bouteille ? et des gants ! pour ramasser les champignons !), un panier sous mon bras, et nous voici partis. Gambadant sur la route, le Lutin croquait sa pomme en arborant un air des plus matois. On l’entendait murmurer : « …Leur ai pas dit où elle était, la Porte ! » Les enfants ont éclaté de rire : « Mais on le sait ! On l’a passée l’an dernier, pour combattre le Chapuzieux ! »
Le Lutin, vexé, est resté silencieux jusqu’à l’approche du Portail.
Et là… à peine les enfants avaient-ils commencé de former un cercle avec lui que… boum ! bam ! fizzzz ! Des gerbes d’étincelles et une épaisse fumée blanche ont voilé le portail pendant plusieurs minutes, laissant quelques flammèches derrière eux. Nous avons prudemment attendu qu’elles se dissipent, et, un par un, nous sommes entrés en Faërie.

Les ingrédients
Nous nous sommes donc lancés à la chasse aux ingrédients. Nous avons trouvé d’abord les Œufs de Grenouilles-Faës, minuscules et colorés. Non loin d’eux, une vasque transparente, pleine d’eau immobile, reposait dans l’herbe. Nous y avons prudemment déposé non pas six mais douze Œufs, au cas où, et avons poursuivi notre chemin. De temps en temps, l’un des petits explorateurs criait « Là ! un champignon ! vite, des gants ! » et nous déposions la cueillette dans mon panier. D’arbre en buisson, grimpant une pente escarpée, nous avons commencé à déceler des signes de présence faëe. Des portes ! De minuscules portes abandonnées en bas des troncs, au creux des mousses !
Nous avons trouvé les Glands d’Argent, faciles à reconnaître, les Glands-Joyaux, luisant en leur cœur d’étranges couleurs, et enfin les fioles… mais ! Elles étaient toutes blanches, ces Fioles, prétendument d’Elixir Arc-en-Ciel ! L’aînée des enfants, la seule lettrée, a relu la recette : « Ajouter de l’eau pour les révéler ». Elle a donc débouché sa fiole, nous y avons versé un peu d’eau… rien. Elle l’a secouée un peu et là, stupéfaction ! La fiole s’est teintée d’un jaune éclatant !
Enthousiastes, les autres petits quêteurs ont tenté l’expérience avec les autres fioles : vert ! bleu ! rouge ! orange ! violet ! Extraordinaire ! Nous avions notre élixir arc-en-ciel[3].

La potion
Nous avons prudemment redescendu la pente (il a fallu porter certains enfants), récupéré la Fontaine où trempaient les Œufs, et sommes revenus près de la maison.
Armés de la recette, les enfants ont soigneusement versé dans une marmite tous les ingrédients, en comptant bien : « un, deux, trois, quatre, cinq, six glands… »
La marmite a été déposée sur la table du jardin, le Lutin leur a demandé de reculer un peu et de se boucher les oreilles… et il a bien fait, car une détonation a retenti, accompagnée de fumées multicolores[4].
Quand les enfants se sont approchés, les ingrédients avaient disparu et à la place on comptait un, deux, trois, quatre, cinq, six sachets remplis de friandises.
 
Nous avons bien remercié le lutin. Et bien mangé.
Les Œufs inutilisés ont continué de grossir, translucides et irisés.
Nous ne savons pas trop qui a fait le gâteau (était-ce moi ou le lutin ?) mais ce qui est sûr, c’est que quand je l’ai découpé, le haut de la colline a laissé échapper un flot de gros berlingots… S’il n’y a pas de la magie là-dessous…

(Dans le prochain épisode : en coulisses ou « qu’est-ce que c’est que cette histoire de fous ? » — l’explication de tous nos trucs)


[1] J’estimerai, plus tard, qu’il s’agit sans doute d’un Pooka 
mais à vrai dire nous n’avons pas eu l’occasion de le lui demander — ce n’aurait guère été poli, qui plus est.
[2] pour la seule fois de cette aventure voire de son existence
[3] les lutins ne semblent pas connaître l’indigo
[4] même que la table en est restée tachée